Vers la souveraineté alimentaire
Pour un droit des peuples à se nourrir eux-mêmes [table ronde consommation solidaire]
Evolution contrastée
En 2006, elle atteint le double, incluant 815 millions de personnes souffrant de malnutrition. D'après les projections des Nations Unies, la démographie mondiale devrait se stabiliser à 9 milliards d'hommes en 2050.
Les progrès de la productivité agricole permettent de faire face à ce taux de population. Mais, si depuis 40 ans, le volume de la production agricole mondiale par habitant a augmenté et que le monde est globalement mieux nourri, les écarts grandissent entre les populations nanties et les populations sous-alimentées, et entre les pays en développement, qui sortent de la pénurie chronique et ceux qui régressent dans leur combat contre la faim.
Ainsi, en Amérique latine, dans une partie de l'Asie et en Inde des progrès remarquables ont pu être accomplis grâce à la révolution verte.
A l'inverse, les pays les plus défavorisés (limités en eau, non mécanisés, déstructurés sur le plan des savoir-faire locaux) ont vu leur situation alimentaire se dégrader inexorablement. Le nombre de mal nourris dans les pays les moins avancés a ainsi doublé au cours des trente dernières années, passant de 116 à 235 millions. Le problème de la faim n'est donc pas dû à une production insuffisante de la nourriture, mais à l'accès de tous à cette production. L'organisation des sociétés est ainsi remise en cause, une action concertée en faveur des pays du Sud s'impose.
Difficultés de la paysannerie
L'agriculture mondiale qui doit nourrir les 6 milliards d'habitants de la planète subvient mal aux besoins d'une population agricole totale d'environ 3 milliards de personnes. Sur ces 3 milliards de paysans, 2 milliards se trouvent dans les pays en développement et souffrent de carences alimentaires et 600 millions sont sous alimentés.
Loin de profiter aux paysans défavorisés, la croissance économique globale augmente les écarts de pauvreté rurale. Les grandes puissances agricoles ont mis en place un "modèle" d'agriculture productiviste fort contestable. Celui-ci est axé sur l'augmentation de la production et la baisse des prix internationaux, avec une dégradation inquiétante des ressources naturelles et une baisse de la qualité de l'alimentation.
En France, si la moitié des revenus des agriculteurs vient des fonds publics, il est à noter que ces aides sont attribuées essentiellement aux grandes exploitations. Néanmoins, des efforts significatifs ont été entrepris pour sortir du modèle productiviste par notamment l'agriculture biologique.
Circonstances politico-économiques
La "coopération" Nord-Sud marque ses limites, le creusement des écarts entre pays riches et pays pauvres s'accompagne d'une stagnation des aides publiques au développement (seuls 4 pays européens consacrent plus de 0,7 % de leur PNB à l'aide au développement).
Tout en parlant officiellement de coopération, les grandes puissances ne cherchent qu'à "faire des affaires" et "augmenter les profits" ; cette politique s'accompagne généralement d'un langage de type "missionnaire" (il faut aider des populations supposées incapables et ignorantes).
Les exportations européennes en direction des pays du Sud (produits finis, semences, engrais...) ne font que compromettre le développement des productions vivrières locales. L'accroissement du nombre des mal-nourris n'est pas d'abord dû aux contraintes naturelles, mais à des circonstances politico-économiques qui interdisent aux pays concernés de mettre en oeuvre leur capacité agricole propre.
La capacité de l'agriculture paysanne traditionnelle à répondre aux besoins alimentaires du pays et à son autosubsistance s'appuie sur l'existence d'une forte biodiversité agricole (semences).
Souveraineté alimentaire
Se nourrir est un droit universel. La sécurité alimentaire existe dans une région, quand les habitants accèdent à une nourriture suffisante, en quantité et en qualité pour vivre dignement.
La souveraineté alimentaire est présentée comme un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans dumping (coûts cachés par subvention, coûts social, et environnemental),sans qu'elles puissent avoir un impact négatif sur les populations d'autres pays.
La souveraineté alimentaire est donc une rupture par rapport à l'organisation actuelle des marchés agricoles mise en oeuvre par l'Organisation Mondiale du Commerce. Contrairement à la sécurité alimentaire qui ne s'intéresse qu'aux quantités d'aliments disponibles, la souveraineté alimentaire accorde en plus une importance aux conditions sociales et environnementales de production des aliments.
Elle prône une répartition équitable des moyens de production entre les paysans, au moyen si nécessaire d'une réforme agraire et d'une redistribution de terres. La souveraineté alimentaire privilégie des techniques agricoles qui favorisent l'autonomie des paysans. Elle est donc favorable à l'agriculture biologique et à l'agriculture paysanne.
Agriculture durable et développement
Comme la souveraineté économique, politique ou culturelle, la souveraineté alimentaire dépend du système international dans lequel elle s'inscrit. La mondialisation des échanges agricoles et alimentaires est donc directement en cause.
Pour que les peuples puissent se nourrir eux-mêmes, il faut exiger des protections pour leurs agricultures, le droit de transformer leurs matières premières, le droit à une politique agricole nationale.
Il convient de défendre la diversité des semences et lutter contre la privatisation du vivant (O.G.M) pour rendre aux populations leur autonomie. Un engagement mondial des Etats serait nécessaire pour garantir la sécurité alimentaire des populations et jeter les bases d'une agriculture durable à l'échelle de la planète.
Au niveau local, il faut favoriser le maintien d'une agriculture de proximité destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Les cultures de subsistance (légumineuses, céréales,...) et l'agriculture familiale doivent être privilégiées en mettant en avant la place et le rôle des femmes.
La restauration de l'autonomie alimentaire est l'enjeu des agricultures du Sud. Celles-ci doivent produire davantage localement et protéger une agriculture vivrière de proximité plutôt que d'attendre l'apport des excédents de nos pays et une aide alimentaire structurelle.
A partir « Du droit des peuples à se nourrir eux-mêmes », Ed. Flammarion, 1996 de Bertrand Hervieu, commenté par Suzie Lachaud www.orcades.org , et de l'encyclopédie libre wikipédia pour la souveraineté alimentaire
Positionnement de Gérard Durand, secrétaire national de la Confédération Paysanne
« Comment nourrir 9 milliards d'habitants sur une planète qui se réchauffe ?
- Nous nous bagarrons pour que la sécurité alimentaire qui est un droit reconnu universellement soit réellement appliquée, qu'elle soit associée à la souveraineté alimentaire, non pas dans l'acception nationaliste du terme mais pour permettre à tous les pays de choisir ce qu'ils veulent comme agriculture, comme paysans, de choisir ce qu'ils veulent manger.
Le gouvernement français a choisi de continuer à encourager la monoculture, à donner des aides aux exploitations les plus grosses. La politique agricole commune a été votée en 2003 à Bruxelles, mais le gouvernement a la possibilité d'appliquer cette réforme de façon à promouvoir un autre système de développement, un système d'agriculture paysanne où on fait attention à l'équilibre entre l'acte production et la manière de produire. Il faut changer la donne ! »
-La souveraineté alimentaire est un concept développé et présenté pour la première fois par Via Campesina (dont la Confédération paysanne est membre) lors du Sommet de l'alimentation organisé par la FAO à Rome en 1996.
Autonomie alimentaire au Nord comme au Sud
Le Vendredi 17 novembre 2006 à La Maison des Associations 11, rue Caillaux Paris 13ème