Biodiversité alimentaire et forestière par J.-M. Pelt

Publié le par J.M PELT

1/Depuis toujours, la biodiversité est le moteur de la santé planétaire, elle en perpétue la vitalité. Le changement climatique, les pollutions, les déforestations massives, l’assèchement des zones humides entrainent l’extinction de certaines espèces, maillon de la chaine du vivant. Lire la suite...
L’adaptation d’un écosystème à certaines conditions fluctuantes se fait d’autant mieux qu’il est bio-diversifié.

2/La biodiversité est d’une utilité directe et quotidienne pour l’homme et les espèces qui lui sont proches. Pour se nourrir et se soigner notamment, leur diversité permet d’assurer la base de la chaine alimentaire. Mais nous sommes arrivés à un point où l’hégémonie des monocultures épuise les sols et rend l’alimentation humaine trop dépendante de quelques espèces. La réduction de la diversité des races entraine une fragilité et une augmentation de leur sensibilité aux maladies.

La biodiversité offre une multitude de plantes médicinales et de substances thérapeutiques actives. La forêt tropicale en passe de disparaître abrite peut-être des plantes susceptibles de guérir certains cancers ou le sida. La connaissance des bactéries, des champignons microscopiques permet de nous soigner en nous offrant par exemple, de nouveaux antibiotiques, d’autant plus nécessaires que, après l’usage abusif des premières familles d’antibiotiques, ceux-ci sont devenus inefficaces par augmentation des résistances des germes pathogènes qu’ils sont censés détruire.
 
3/La biodiversité est un indicateur biologique naturel. Nos ressources sont de plus en plus contaminées par la pollution microbienne, chimique, physique (ordures, rayonnement radioactif, ondes électromagnétiques), voire la pollution génétique. Un écosystème diversifié recèle toujours au moins une espèce sensible à tel type de pollution et dont la disparition peut donner l’alerte.

4/La biodiversité représente la seule assurance-avenir réelle pour les générations futures, celle qui n’altère pas notre devenir, notre santé. 5/la biodiversité est importante pour la connaissance de la vie. Un humain ou un mammifère qui évoluerait dans un environnement très uniforme ou peu diversifié ne développerait pas correctement son système nerveux et son intelligence. La biodiversité participe ainsi de l’ouverture de conscience. D’elle nous puisons nos connaissances du vivant et l’observation scientifique des espèces nous apporte un savoir et des solutions à nos questions.
 
Agri-alimentation Sur les 32 000 espèces comestibles répertoriées, seules 4 plantes servent de base à 60 % de l’alimentation humaine : le blé, le riz, le maïs, le soja. Ces monocultures intensives continuent de s’étendre, rendant le monde entier dépendant de quelques plantes, dont les maladies ne pourraient qu’entrainer des conséquences catastrophiques. Les systèmes de polycultures agrobiologiques sont plus efficaces dans la durée et respectueux de l’écosystème.

La plupart des variétés productives actuelles nécessitent l’emploi d’engrais et de pesticides, sans lesquels elles périclitent. Elles sont en réalité trop fragiles pour s’adapter à l’agriculture durable. La nécessaire reconversion prendra du temps, celui des solutions pratiques intermédiaires qui passe par le développement progressif de semences plus rustiques et par l’agriculture de proximité, diversifié par les polycultures, le repeuplement des campagnes, l’agriculture paysanne.

L’agriculture a pour vocation première de nourrir un territoire, de garantir la souveraineté alimentaire des populations et que les continents doivent devenir autonomes. En conséquence, les échanges agricoles lointains ne doivent pas déstabiliser l’économie vivrière locale. En exportant à bas prix vers les pays du sud, les excédents de leur agriculture subventionnée, les pays riches ruinent les agriculteurs des pays pauvres.

En préservant les races animales et les semences locales, l’agriculture préserve la biodiversité ; nous y gagnons en qualité et nous évitons des transports couteux en énergie qui sont autant de facteurs de risque sanitaire. En 2005, on a planté 90 millions d’hectares de soja, coton, colza, maïs génétiquement modifiés (95 % sur le continent américain, moins de 0,1 % en Europe), aptes à supporter sans mourir des herbicides qui tueraient toute autre plante (les 3 premières cultures citées) ou à produire des insecticides (le maïs).

Les américains consomment ces OGM (11 % de leur culture) directement ou indirectement en se nourrissant des animaux qui ingèrent du maïs et du soja modifiés. Quant à la nature environnant ces champs, elle encaisse comme elle peut les flux de gênes que véhiculent sur des dizaines de kilomètres les pollens et insectes. Flux qui apporte à des plantes sœurs ou cousines les caractères artificiels des OGM (tolérance aux herbicides destinés au défrichage ou sécrétions d’insecticides).

Les descendants de tels croisements seront parfois porteurs des mêmes caractères de résistance aux insectes ou aux désherbants dont ils stimuleront ainsi l’usage agricole. Forêts Préserver l’or vert, c’est à la fois l’agriculture et les algues, le couvert forestier, l’humus, toutes les plantes qui fabriquent de la matière organique vivante et de l’oxygène, grâce à la merveille qu’est la photosynthèse. Un grand chantier reste à ouvrir, celui d’une approche systémique de la forêt, qui intègre les principes de précaution et de préservation de cette ressource qui passe par une évaluation mondiale de la surface d’or vert pour produire le volume d’oxygène indispensable à l’écosystème planétaire(surexploitation forestière qui déséquilibre le cycle oxygène/gaz carbonique).

La forêt joue avec l’océan un rôle régulateur du climat. Elle protège les sols tropicaux de l’assèchement et constitue un moteur du cycle de l’eau (en plantant des arbres qui par leur évaporation créent des nuages, la pluie, les sources, l’agriculture…). L’humus de forêts constitue à lui seul une mine d’or : riche en micro-organismes, il offre de quoi travailler et élaborer de nouveaux médicaments et antibiotiques.

Et pas seulement l’humus, la cime des arbres dans les forêts tropicales aussi. Elle est nommée la canopée, y règnent à 30 ou 40 mètres au-dessus du sol, fleurs et insectes méconnus. Interface entre l’atmosphère et la forêt elle est aussi un panneau solaire essentiel à la croissance et au fonctionnement de la forêt toute entière. La forêt est aussi le moteur potentiel d’un cycle vertueux de production énergétique. A condition qu’on ne prélève pas dans les forêts primaires et qu’on replante celles qu’on a décimées. La matière végétale peut être utilisée de différentes façons : en la faisant fermenter pour obtenir du gaz, en brulant du bois pour se chauffer, en produisant des biocarburants à partir d’huiles végétales ; le gaz carbonique rejeté lorsqu’on brule ces carburants d’origine végétale est à nouveau fixé par les plantes, grâce à la photosynthèse. Il ne s’accumule pas dans l’atmosphère, il est continuellement recyclé.

Chaque semaine, 200 000 hectares de forêt disparaissent (l’équivalent en 1 année de la superficie de Sierra Leone). Ce total, bien qu’en recul par rapport au chiffre estimé entre 1990 et 2000 demeure très alarmant. Les forêts tropicales comptent parmi les plus dévastées. En Amérique du Sud, depuis 2000, 4,3 millions d’hectares sont ainsi détruits chaque année, contre 4 millions d’hectares déboisés en Afrique. Encore aujourd’hui, 6 % des forêts mondiales seulement sont protégées. La destruction aveugle de ces environnements constitue une menace directe pour la diversité de la vie et la stabilité de notre environnement.

Film Amasoja INSOMNIA World Sales Qui se méfie du soja? Fleuron de la nature végétarienne, qui dit soja entend nature, équilibre, santé. Alors, quelle surprise de découvrir que ce légumineux fait aujourd’hui souffler un vent dévastateur sur la forêt amazonienne ! Le soja est aujourd’hui l’un des produits les plus utilisés dans le monde, surtout depuis la crise de la vache folle. Il en faut désormais des millions de tonnes supplémentaires, et pour cela, d’immenses champs à cultiver. Et où pouvait-on trouver de telles surfaces? En Amazonie…
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Publié dans Education

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