Des raviolis chinois qui passent mal

Publié le par Admin.

Asie JAPON

ALIM026.jpgFaute de pouvoir assurer sa suffisance alimentaire, l’archipel est désormais dépendant des produits importés. Une faiblesse dont les Japonais prennent aujourd’hui conscience. Lire la suite... 


A la fin du mois de janvier, des raviolis surgelés importés de Chine ont provoqué plus de deux mille cas d’in­to­xication alimentaire par des pesticides. L’affaire a eu un énorme retentissement dans le pays. Après les problèmes liés à des produits toxiques présents dans divers produits made in China qui avaient défrayé la chronique l’an dernier, beaucoup d’entre nous ont dû se dire que ce qu’ils redoutaient était en train de se produire.

Bien que l’affaire n’ait toujours pas été élucidée, on peut craindre, en raison de la tournure des événements, que les sentiments des Japonais à l’égard de la Chine ne se détériorent grandement. Bien entendu, l’inquiétude et la colère des proches des victimes sont tout à fait naturelles et il est nécessaire de faire toute la lumière et de punir les coupables. Cependant, si l’on réduit l’affaire à une simple critique unilatérale de la Chine, on risque de se méprendre sur la nature du problème.

Il y a quelques années, en publiant un article intitulé “La traçabilité permet de retrouver confiance dans nos assiettes” dans le mensuel Ronza (juillet 2002), je mettais l’accent sur l’un des effets de la mondialisation, c’est-à-dire que “nous mangeons désormais tous à la même écuelle”. Nous vivons une époque où les risques, jusque-là confinés à certaines régions du globe, peuvent soudain apparaître sous nos yeux. J’écrivais que le temps était venu de cesser d’assurer la gestion des risques à l’échelle nationale.

A l’époque, découvrant ses premiers cas de maladie de la vache folle, le Japon s’intéressait particulièrement aux questions alimentaires, et prenait conscience de problèmes comme les étiquettes falsifiées, la présence de pesticides dans les denrées alimentaires ou l’emploi de substances chimiques prohibées.

Aujourd’hui, le contexte mondial reste fondamentalement le même, et on peut même dire que le développement économique des pays émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine) le rend plus complexe encore. En tout état de cause, le problème tient en partie à la mondialisation excessive du système alimentaire japonais, autrement dit à un taux d’autosuffisance alimentaire particulièrement faible, y compris au regard des autres pays industrialisés.

En ce sens, il est impossible de dire que nous n’avons aucune responsabilité dans la récente affaire d’intoxication, puisque, depuis de longues années, nous fermons les yeux sur notre manque d’autosuffisance.

On peut aussi réfléchir à la question sous un autre angle. A la première vente aux enchères de l’année 2008, c’est le gérant hongkongais d’un restaurant de sushis qui a remporté à prix d’or un lot de thon de première qualité. Avec l’intérêt croissant que le monde porte à la santé, la cuisine japonaise occupe depuis déjà un certain temps une place privilégiée. Les produits alimentaires nippons ont ainsi acquis une solide réputation.

En outre, même si le Guide Michelin de Tokyo, publié en novembre 2007, ne fait pas tout à fait l’unanimité en ce qui concerne la sélection, on s’accorde pour le moins à reconnaître que Tokyo compte un grand nombre de cuisiniers capables d’enthousiasmer des gourmets de la planète entière. Grâce également au cours relativement faible du yen, le flux de touristes étrangers se rendant au Japon ne cesse de croître, et même des restaurants très appréciés des Japonais mais plutôt simples, où l’on sert des nouilles ou d’autres plats populaires, attirent désormais beaucoup d’étrangers.

Le souvenir d’une époque que le pays aimerait oublier
Ce qu’on peut percevoir à la période actuelle, c’est l’évolution d’un Japon en train de sortir de la modernité. Après avoir matériellement atteint un sommet à l’époque de la bulle économique, à la fin des années 1980, il semble que, sans s’en rendre compte, le caractère national ait évolué au cours de la récession des années 1990, mettant en avant sa maturité culturelle.

Le succès mondial remporté par le cinéma, les dessins animés et les mangas japonais fait vraisemblablement partie de cette évolution. Et si, en 2007, notre société a très sévèrement critiqué toutes les contrefaçons de produits alimentaires fabriqués par les entreprises nippones les plus réputées, c’est peut-être parce nous étions inconsciemment mécontents d’avoir compris que les irrégularités avaient été commises par le cœur le plus avancé de notre industrie.

Aujourd’hui, la situation des produits alimentaires chinois nous apparaît comme une vision du Japon de l’ère Showa [1926-1989], où les problèmes alimentaires graves étaient encore très fréquents. Il n’est pas surprenant que la confrontation avec un pays qui nous rappelle un passé que nous étions sur le point d’oublier fasse remonter à la surface des souvenirs désagréables enfouis au plus profond de la société.

Ainsi suffit-il d’examiner sur une longue durée l’inquiétude et la colère que nous inspirent nos voisins pour voir qu’en fait notre image se superpose à la leur. Or le plus court chemin pour connaître l’autre n’est-il pas de se connaître soi-même ?

Asahi Shimbun * Professeur à l’université de Tokyo.

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Inquiétude

Réalisé par le Yomiuri Shimbun quelques jours avant l’éclatement de l’affaire des raviolis chinois, fin janvier, un sondage révélait la grande anxiété des Japonais sur la question de la sécurité alimentaire. En effet, 83 % des personnes interrogées se déclaraient inquiètes, notamment en raison des affaires de falsification des dates de limite de consommation. 57 % expliquaient ce sentiment par l’augmentation des importations, tandis que 50 % éprouvaient de la crainte à l’égard des pesticides présents dans les produits consommés.

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Alimentation

L’autosuffisance, un rêve inaccessibleL’affaire de l’intoxication liée aux raviolis surgelés importés de Chine a révélé la fragilité d’un pays qui, pour se nourrir, dépend essentiellement des importations”, écrit le Mainichi Shimbun. “Le taux d’autosuffisance alimentaire du Japon (39 %) est le plus bas des pays industrialisés. L’incident a amené les consommateurs à se tourner vers les produits fabriqués à l’intérieur de l’archipel, réputés plus chers mais sûrs, et a suscité un vif débat sur l’amélioration de l’autosuffisance alimentaire”, poursuit le quotidien.

Il est vrai que ce taux s’élevait encore à près de 80 % au début des années 1960, mais que le changement des habitudes alimentaires des Japonais l’a fait chuter. Ces derniers mangent, par exemple, beaucoup moins de riz, qui est pourtant l’aliment de base traditionnel, largement cultivé dans l’archipel. Le gouvernement s’est fixé en 2005 l’objectif de faire remonter le taux d’autosuffisance à 45 % d’ici à 2015. Mais “il n’est pas aisé de modifier les habitudes des consommateurs ni les structures de production et de
distribution”, constate le journal.

Source : courrier international

Source : courrier international

Tokyo demande à la Chine d'améliorer les normes sanitaires de ses produits alimentaires. Des raviolis chinois contenant de l'insecticide ont causé l'intoxication de dix Japonais ces derniers jours. Le gouvernement nippon a tenu une réunion exceptionnelle, consacrée à cette intoxication, dont les télévisions japonaises font leur gros titres. Correspondance à Tokyo: Georges Baumgartner. Ecouter

Source : radio suisse romande

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